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Comment rendre la ville de Québec plus accueillante pour les cyclistes?

La réponse de base est pratiquement une tautologie: la ville serait plus accueillante pour les cyclistes s’il y avait plus de cyclistes en ville. Et pour qu’il y ait plus de cyclistes, il faut donner au vélo une plus grande place en ville, tant dans les infrastructures que dans nos discours.
 
Il existe en effet une méthode pour augmenter le nombre de cyclistes dans une ville et elle est connue, elle a déjà été appliquée, en particulier en Europe mais pas seulement. La ville de Portland, dans le nord-ouest des États-Unis a posé les bons gestes pour créer une culture du vélo dans son centre-ville. 
 
La solution pour augmenter le nombre de cyclistes est simple, mais elle demande de la coordination entre les différents intervenants et du temps: il faut plus de place pour le vélo à la fois dans nos infrastructures et nos habitudes, comportements et discours à propos des déplacements. La bicyclette occupe déjà une place importante dans nos loisirs, à Québec en 2010 près de 60% des adultes faisait du vélo, et une certaine place comme mode de transport. À Québec, le vélo compte pour 1% à 2% des déplacements.
 
 
Mais l'automobile est encore le principal mode de transport auquel nos infrastructures urbaines répondent et celui auquel nous pensons en premier pour nos déplacements quotidiens. C'est ce qu'il faut changer. Le plus tôt ce sera fait, le plus agréable ce sera pour tous. Il s’agit d’augmenter la place du vélo, de modifier la place de l’automobile en ville mais pas de faire une «guerre aux automobilistes». L’objectif est de rendre les déplacements urbains plus agréables pour tous, y compris les piétons, cyclistes et usagers du transport en commun.
 
Construire des infrastructures pour le vélo est un bon point de départ: cela rend le cyclisme plus agréable pour ceux qui en font déjà, mais ce n’est pas suffisant pour augmenter le nombre de cyclistes. En effet, le développement d’infrastructures matérielles n'est pas assez grand pour qu'on développe l'habitude de penser au vélo comme mode de transport important dans notre ville. Il faut aussi en parler, en faire la promotion active, pour qu'on pense au vélo comme un mode à part entière.
 
D'ailleurs, n'oublions pas que la «culture de l’automobile» est elle aussi aidée par nos discours ambiants. L'omniprésence des publicités des modes de transport motorisés, tant les pubs d'automobiles a la télé, que publicités sur l'essence à la radio que reportages sur les derniers modèles dans les journaux. Nous sommes sans cesse bombardés de messages nous rappelant l'importance de l'automobile. Il faut en faire autant pour le vélo si on veut que les cyclistes soient pris aux sérieux et que leur sécurité soit assurée partout en ville.
 
Il faut donc faire la promotion à la fois des nouvelles infrastructures desservant le vélo et du vélo lui-même en tant que mode de transport. Ces «mesures douces» (par opposition aux infrastructures) qui incitent à la pratique cycliste régulière incluent des mesures éducatives (tant pour les cyclistes que pour les automobilistes), du marketing ainsi que de la sensibilisation. C’est par le biais des méthodes de «psychologie environnementale» et de «marketing socia », entre autres, que l’on fait la promotion du vélo comme mode de transport.
 
L'objectif de cette promotion est d'augmenter le nombre de cyclistes, ce qui réduit généralement les risques de sécurité pour chaque cycliste et ce qui augmente l'acceptabilité sociale du vélo, créant un effet d’entraînement: plus il y a de cyclistes, plus il y en aura. Plusieurs études montrent, depuis les années 2000, que partout dans le monde, plus il y a de cyclistes, plus les automobilistes sont prudents avec les vélos: ce n'est pas seulement une impression que les cyclistes ont. Or, plus les automobilistes sont prudents, plus il y aura de cyclistes. Et ainsi tourne la roue!
 
 
Comment faire cette promotion? Quelques exemples européens...
 
On parle souvent des villes de Copenhague et d'Amsterdam comme des exceptions, des lieux où, comme par magie, il y aurait une culture du vélo. Ce n’est pas de la magie!
 
Les exemples d’Odense, au Danemark, et de Munich, en Allemagne, montrent qu’une bonne promotion du vélo, couplée à des infrastructures adéquates, peut créer cette «culture du vélo», à condition que les décideurs publics embarquent pleinement et qu’il y ait un dialogue avec les citoyens.
 
La promotion du vélo doit se faire de manière ciblée, pour viser en particulier deux groupes de personnes: les personnes qui ne font pas encore de vélo et les personnes qui n’en font pas souvent. C’est ainsi qu’on modifie les habitudes d’une population.
 
À Munich, la promotion s’est faite en déclarant Munich «capitale du vélo» et en orchestrant une foule d’activités cyclistes tout au long de l’année, mais surtout en créant une «image du vélo» qui associe la ville et le vélo.
 
Les Munichois, cyclistes ou non, ont ainsi pu associer l’image de leur ville à celle du vélo. Le message politique était clair: le vélo fait partie de Munich et le vélo est important dans la ville. Le message était d’autant plus pertinent qu’il fut accompagné de nouvelles infrastructures au centre-ville.
 
À Odense, les campagnes ont plutôt visé directement trois groupes de personnes qui ne faisaient pas encore de vélo. Les enfants dans des programmes d’éducation dans toutes les écoles (programme semblables à Mon école à pied, à vélo).
 
Le second groupe ciblé fut celui des hommes ayant un peu trop de ventre, pour les aider à utiliser le vélo quotidien pour perdre du poids. Finalement, les personnes âgées furent impliquées, en offrant des tours guidés de la ville cyclable pour montrer la facilité d’usage des nouvelles infrastructures.
 
Des idées pour Québec: il faut commencer par faire une meilleure promotion de ce que nous avons comme infrastructures. Des modifications rapides pourraient précéder une véritable campagne de promotion:
 
La carte des pistes cyclables pourrait être améliorée : celle que la ville fournit actuellement n'est pas facile à utiliser puisque les noms des rues n'y apparaissent pas. 
 
Lles nouvelles pistes ne sont pas publicisées : par exemple celle sur Pierre-Bertrand qui date de 2013 est inconnue de plusieurs cyclistes, le lien cyclable sur Père-Marquette (qui est complété jusqu’à l'Université Laval depuis cet été seulement) non plus. Il faut fêter ce que nous avons déjà, pour montrer qu'on est fier de faire une place au vélo.
 
Partout, et dans tous les cas, modifier les comportements et les habitudes de déplacement dépend d'une volonté politique intégrée et concertée. Les résultats sont meilleurs lorsque les décideurs de tous les paliers de gouvernement travaillent de concert. Au Québec, le MTQ et les municipalités peuvent déjà faire un bon bout de chemin ensemble. Il y a actuellement une volonté claire de la part du Ministère de moderniser le code de la sécurité routière pour faire plus de place aux cyclistes et les investissements gouvernementaux en infrastructures commencent à être mieux répartis vers les transports collectifs, plutôt que seulement vers le système de l’automobile. La concertation est maintenant possible pour réaliser le changement d’habitudes de déplacements.
 
 
Pourquoi les décideurs devraient-ils faire cette promotion du vélo?
 
Pour rendre la ville plus agréable, plus en santé (santé des personnes, vie active, contrer pollution) et pour améliorer la sécurité de tous (piétons et cyclistes) face aux véhicules motorisés.
 
Parce que tout le monde en profite à long terme. À court terme, cela peut paraître plus difficile, il faut le reconnaître, puisque la base électorale est majoritairement constituée de personnes utilisant l'automobile au quotidien. Une meilleure cohabitation automobile-vélo prendra nécessairement la forme d'une diminution de la place actuelle de l'automobile. C'est inévitable si on veut avoir une ville agréable à vivre et où cyclistes, piétons et transport en commun sont efficaces et en sécurité. Mais ce sera aussi une excellente chose pour diminuer notre dépendance au pétrole et donc pour notre santé globale, pour notre indépendance énergétique et économique ainsi que pour l’environnement.
 
 
Pourquoi les décideurs devraient-ils embarquer à vélo, en particulier à Québec?
 
Parce que le Québec est reconnu comme une région très cycliste de l'Amérique du Nord, la Capitale devrait représenter fièrement notre pays!
 
Parce qu'il y a de plus en plus de cyclistes à Québec: plus de 50% des personnes font du vélo au moins une fois par semaine. Ce nombre augmente peu à peu, on a donc le choix d’attendre un seuil critique et en endurer les inconforts ou le choix d’agir tous ensemble immédiatement pour accélérer la transition et la rendre plus agréable.
 
Parce que le Code de la sécurité routière est en voie d'être modifié: la reconnaissance de l'importance du vélo vient du MTQ, le moment est bien choisir pour travailler en concertation avec le provincial.
 
Parce que la population de Québec est vieillissante (plus vite qu'ailleurs au Québec) et qu'il faut rester en santé… ou le devenir!
 
Parce que Québec a déjà un problème évident de congestion routière et d'étalement urbain. Il faut redynamiser les premières banlieues et modifier nos habitudes de transport: le vélo est une partie de la solution.
 
Créer une culture du vélo n’est pas non plus suffisant pour que le nombre de cyclistes augmente ni suffise pour améliorer le partage de la route. Des nouvelles infrastructures urbaines sont sans cesse inventées, un peu partout au monde, et c’est passionnant. Voici quelques propositions classiques d’amélioration d’infrastructures (mesures «en dur»):
 
Améliorer les voies et les pistes cyclables désignées : en augmenter le nombre, en ajouter le long des artères de déplacement - ne pas seulement concevoir des pistes récréatives - et, surtout, créer des liens entre les pistes existantes. De plus, il faut y ajouter des indications claires quant aux destinations et aux distances à parcourir.
 
Pour l'hiver: déblayer les pistes et les voies cyclables l'hiver et s'assurer que les rues sont correctement dégagées jusqu'au trottoir, pour conserver un maximum de largeur disponible pour les vélos et les automobiles. Les dépassements et le partage de la route seront plus faciles s’il n’y a pas un banc de neige dans la rue.
 
Peindre des «sas vélos» aux intersections, pour permettre la visibilité des cyclistes lorsqu'il faut attendre à un feu de circulation.
 
Penser à des liens entre le haut et le bas des côtes: il y a déjà un ascenseur utilisable entre Saint-Roch et Saint-Jean (ascenseur du Faubourg) mais il nous laisse tout de même une bonne côte à monter. Un autre exemple, qui a déjà été proposé pour la côte de Sillery ou sous l'autoroute Dufferin (dans le Plan du réseau cyclable de la ville de Québec), est le Trampe de Trondheim.
 
Faire en sorte que le vélo soit un mode de transport plus efficace: limiter les arrêts inutiles pour les cyclistes ajuster les cyclistes et les feux verts, ajuster les cyclistes et les feux verts.
 
Le Code de la route doit aussi viser à la fois la protection des usagers les plus vulnérables et l’efficacité de tous les modes de transport.
 
D’autres incitatifs matériels aident les cyclistes à se déplacer efficacement: des stationnements protégés des intempéries, les supports à vélo sur les autobus, etc. Plus de la moitié des déplacements dans la ville de Québec font moins de 7 km: une distance courte, qui se fait rapidement à vélo et pour laquelle il est rare qu’on sue suffisamment pour avoir besoin de se doucher à l’arrivée.
 
Plus il y a de cyclistes, plus il est agréable de faire du vélo. Ceci dit, il ne faut pas penser qu'il est impossible de faire du vélo en ce moment à Québec et il faut mettre en valeur ce que nous avons déjà comme infrastructures pour les cyclistes, pour encourager chacun à les utiliser. Et surtout, il est important de convaincre les décideurs et les politiciens que le vélo fait partie de la solution à long terme pour de meilleurs déplacements urbains.
 
 
Chronique de Fannie Bélanger-Lemay, invitée à Mise À Jour Québec le 23 septembre 2014
 
 
Région : Québec

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