«Handicapée»

«Je suis une personne avec une déficience physique. Le handicap est déterminé par l’environnement. Je deviens une personne handicapée à partir du moment où je ne peux plus vaquer à mes activités indépendamment.» 
 
Telle est la définition d’une personne handicapée pour Maxime D.-Pomerleau, une jeune femme dans la vingtaine pour qui le fauteuil roulant est le mode de transport principal. Maxime se décrit comme une «journaliste le jour, superhéroïne la nuit». Plus sérieusement, elle travaille dans le domaine culturel, mais a un alter ego nommé Batwheel, une superhéroïne en fauteuil roulant. Elle est atteinte du syndrome McCune-Albright, une maladie génétique orpheline découverte en 1937. Le syndrome afflige chaque personne différemment, mais affecte généralement la thyroïde et cause la dysplasie fibreuse. 
 
Il suffit de lui parler quelques minutes pour réaliser qu’elle ne pourrait être plus… normale. 
 
«On a encore l’impression que les personnes handicapées n’ont pas de vie sociale et vivent sur le bras de l’État, dans un CHSLD», déplore Maxime. Loin de la réalité, sauf que… bien des milieux de travail ne sont toujours pas accessibles. Maxime donne l’exemple de cette grande entreprise montréalaise qui a des bureaux nouvellement accessibles… sauf pour quelques pièces, dont la cafétéria! 
 
Dénicher un emploi lorsque notre mobilité est réduite pose donc des défis supplémentaires. Mais les locaux accessibles ne sont pas le plus grands des défis: le transport est encore plus problématique, surtout à Montréal. «Je suis plus handicapée à Montréal qu’à Vancouver!», dit Maxime avec un demi-rire. 
 
Par chance, ses patrons sont très compréhensifs face aux limitations que le transport adapté lui impose. «Quand je dois faire de l’over parce qu’un dossier n’est pas terminé… je ne peux pas. Je dois partir avec le transport adapté, car il ne reviendra pas. Encore pire: parfois, le transport arrive 40 minutes à l’avance! Quel employeur accepterait qu’un employé parte 40 minutes à l’avance?»
 
Avec l’apparition d’ascenseurs dans le métro, et d’autobus accessibles, Maxime ne peut-elle pas se déplacer comme n’importe qui? Pas si vite. Les ascenseurs ne sont disponibles que dans quelques stations de la ligne orange. Et la STM décourage fortement les usagers à mobilité réduite d’utiliser ses autobus en période de pointe… sans oublier la règle implicite qui indique qu’on ne peut trouver plus d’un fauteuil roulant OU plus d’une poussette par autobus. «Si j’attends l’autobus, et qu’une personne en fauteuil s’y trouve déjà lorsque l’autobus arrive à mon arrêt, il faudrait que j’attende le prochain, qui passe peut-être 30 minutes plus tard!», déplore Maxime.
 
D’ailleurs, pour s’éduquer (et rire jaune, par moments), elle suggère le groupe Facebook Transport mésadapté. Des usagers y partagent des articles, dont un sur le maire d’une petite ville française qui ne peut accéder à son bureau en raison d’escaliers qu’il ne peut utiliser avec son fauteuil roulant. On y pose également des questions sur le transport en commun montréalais et sur la mobilité.
 
Car la mobilité réduite n’est pas qu’une question de «handicap». «Ça peut être quelqu’un qui s’est cassé la jambe en ski, des parents avec une poussette, une grand-mère… C’est beaucoup de monde!»
 
Elle mentionne également la difficulté de visiter certains magasins des grandes artères commerciales, en raison d’une toute petite marche, qui est pour elle comme une barrière, un mur. «Je travaille, je fais de l’argent, je veux dépenser mon argent. Si je ne peux entrer dans un commerce, je vais dépenser mon argent ailleurs».
 
Les accommodements que demandent les personnes «handicapées» ne sont pas des privilèges. Ces personnes font face à des défis supplémentaires tous les jours de leur vie et ne demandent qu’une chose: vivre comme tout le monde.
 
 
Pour suivre Maxime:
 
Elle couvre l’actualité culturelle pour MatTV.ca.
 
Elle est interprète pour Corpuscule Danse, une compagnie professionnelle de danse intégrée, un courant de la danse contemporaine, qui combine danseurs avec et sans handicaps.
 
 
Pour me suivre sur la Toile:
 

Twitter: @beatricebp

LinkedIn: Béatrice Bernard-Poulin

Mon blogue: Eille la cheap!

 
L'auteure de cet article, Béatrice Bernard-Poulinest blogueuse pour MAtv Montréal.
 
 

Vos commentaires

Soyez les premiers informés sur MATV

Pour tout savoir avant tout le monde et profiter de nos exclusivités