Le harcèlement au travail

Le harcèlement psychologique au travail a un impact majeur sur la vie d’un travailleur. On vous donne aujourd’hui quelques clés pour le reconnaître et réagir. Si un collègue ou un patron vous rabaisse sans cesse et vous intimide, vous êtes probablement découragé d’aller travailler le matin. On discute aujourd’hui de harcèlement psychologique avec Mélissa Guillemette, journaliste chez Jobboom.
 
 
Comment savoir si on est victime de harcèlement psychologique ou si on a juste un patron ou collègue vraiment désagréable? 
 
Attention: un conflit de travail entre deux collègues ne constitue pas nécessairement du harcèlement psychologique. De la même façon, si le travail est mal fait et qu’un patron le reproche à son employé, on ne parle pas de harcèlement psychologique.
 
Selon la définition de la Loi sur les normes du travail, le harcèlement psychologique au travail peut comprendre des comportements, des paroles, des actes ou des gestes répétés qui sont hostiles. Il y a atteinte à la dignité ou à l’intégrité psychologique ou physique du salarié. La vie au travail de la victime doit être affectée. Quelqu’un qui discrédite à répétition une personne, qui la menace, qui fait exprès de la déstabiliser en se moquant de ses goûts ou de ses idées, qui met souvent en doute son jugement et ses décisions, pourrait ainsi être accusé de harcèlement psychologique.
 
 
La ligne est parfois mince entre le collègue bête et le collègue harcelant, non?
 
Oui et c’est pour ça que plusieurs travailleurs ne lèvent pas le drapeau quand ça leur arrive. Ils peuvent banaliser les comportements, se dire que c’est juste un grognon qui les a pris en grippe. Mais ça ne fait pas moins mal… Le harcèlement psychologique peut causer beaucoup de stress à la victime, qui peut finir par ressentir une grande détresse psychologique. On peut parler de symptômes dépressifs, d’insomnie, de perte d’appétit. Il faut agir le plus vite possible, ne pas attendre que la situation se dégrade. Plus on attend, plus la cicatrice sera profonde. 
 
 
Que fait-on si ça nous arrive?
 
La première étape, c’est d’en parler avec la personne qui a ce comportement toxique. Ça peut régler le problème. Si ça ne fonctionne pas, c’est un peu comme l’intimidation chez les jeunes à l’école: il faut en parler à un responsable. Ça peut être un supérieur ou un représentant des ressources humaines, par exemple. Donnez les faits plutôt que de lancer des accusations vagues. 
 
 
Que peut-on attendre de l’employeur?
 
Il est obligé de prendre toute plainte au sérieux. Selon la Loi sur les normes du travail, les employeurs québécois ont un devoir de maintenir un milieu de travail sain. Ils doivent prendre les moyens pour prévenir le harcèlement psychologique et, lorsqu’une telle conduite est portée à leur connaissance, ils ont l’obligation de la faire cesser. Certaines entreprises ont même une politique interne concernant le harcèlement. L’employeur doit étudier votre version des faits, celle de votre présumé bourreau et celle de potentiels témoins, pour déterminer si c’est bien un cas de harcèlement et comment on peut régler la situation. Ça peut impliquer une suspension de l’employé ou un déplacement dans une autre équipe ou même un congédiement, tout dépendant de la gravité du comportement.
 
 
Si l’employeur ne fait rien, que faire?
 
Si la situation n’est pas résolue dans l’entreprise, vous pouvez alors déposer une plainte à la Commission des normes du travail. Si votre plainte est acceptée, la Commission mènera une enquête sur votre situation. Si la plainte se révèle fondée, qu’aucune médiation n’a été possible et que l’employeur ne veut rien modifier pour que la situation cesse, le dossier sera porté devant la Commission des relations du travail. Ce tribunal administratif rendra une décision et prescrira les moyens à prendre pour faire cesser le harcèlement. Le tribunal peut aussi exiger que l’employeur paie une indemnité correspondant au salaire perdu si la victime a dû cesser de travailler, qu’il finance le soutien psychologique requis par le salarié et verse des dommages et intérêts.
 
 
Que faire si ça arrive à un collègue?
 
Ce n’est pas évident pour les collègues, qui éprouveront souvent un malaise et un sentiment d’impuissance. Ils peuvent aussi avoir peur d’être pris pour cibles eux aussi s’ils confrontent le bourreau… Il faut apporter tout son soutien à la victime et l’inciter à agir pour que le problème cesse. On peut aussi noter les comportements toxiques dont on est témoin, en vue de l’enquête.
 
 
 
 
Chroniqueuse: Mélissa Guillemette
 
 
 

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