Le CV va-t-il mourir?

Le magazine Jobboom vient de publier un dossier sur le CV en 2014. Le magazine se demande s’il est en voie de mourir, puisque les méthodes de recrutement évoluent. On en discute avec la journaliste Mélissa Guillemette, qui s’est intéressée au sujet. 
 
 
Quel est le problème avec le CV?
 
Le CV est encore aujourd’hui l’outil numéro un en recrutement. Toutefois, on remarque que d’autres outils s’ajoutent et volent du terrain au bon vieux CV. Son problème: le CV n’est pas vivant. Si vous envoyez une candidature spontanée en janvier et qu’un poste s’ouvre finalement en juillet, on se demandera si vous vous êtes trouvé un autre emploi entretemps, ou si vous êtes déménagé. Il y a un risque de perdre du temps dans le processus.
 
 
Quels sont les éléments qui prennent sa place?
 
En mai dernier, Vala Afshar, auteur et vice-président du marketing chez Enterasys Networks, une entreprise de routage et de solutions de sécurité, écrivait quelque chose qu’on a trouvé intéressant: «Le Web est votre curriculum vitae et les réseaux sociaux sont vos références.» Pour illustrer ce propos, on peut penser à LinkedIn, qui est beaucoup plus à jour qu’un CV envoyé il y a 6 mois... J’ai d’ailleurs discuté avec plusieurs recruteurs qui me disaient passer leurs journées sur LinkedIn. Il y a aussi Twitter. Une entreprise d’Halifax nommée TacticsHR a développé un système qui fouille le réseau pour trouver de bons candidats. Un recruteur peut chercher des candidats en fonction des sujets qu’ils discutent, en fonction de leurs réseaux, de leur lieu de résidence. J’ai discuté avec une recruteuse à la Banque nationale du Canada, qui a trouvé un professionnel du Web grâce à cet outil.Des recruteurs font également de simples recherches sur Google à l’aide de mots-clés. Dans ce cas, si vous avez un blogue ou êtes intervenu dans un forum professionnel, on pourra vous trouver!
 
 
La multiplication des plateformes utilisées en recrutement est-elle à notre avantage?
 
Je pense que oui, mais c’est à double tranchant. Sur LinkedIn, vous pouvez faire valoir des aspects de votre personnalité qui ont moins leur place dans un CV formel. Il y a plus de place pour la créativité et l’humour. Si vous écrivez qu’en parallèle de votre travail, vous êtes l’homme à tout faire au bureau, ça en dit plus sur vous. C’est le genre d’info qui passe moins dans un CV. Ça, c’est à votre avantage. D’un autre côté, le fait que les recruteurs puissent vous googler représente une perte de contrôle pour vous. Le CV représente une formule contrôlée de ce qu’on veut dégager. Quand on envoie son CV, on l’adapte en fonction du poste, on se met en valeur, on ne met que les informations qu’on veut. Le contrôle de son image sur le Web, ça demande plus de travail… Aussi, le CV est parfois trompeur… ADP Canada a mené un sondage en 2010 et a constaté que près d’un Canadien sur cinq exagère ses responsabilités passées dans son CV.
 
 
Mensonges les plus communs dans les CV:
 
Exagération des responsabilités passées 19%
 
Compétences fictives 17%
 
Détails cachés 15%
 
Falsification de titre 12%
 
Source: ADP Canada 2010
 
 
Comment faire pour demeurer un bon candidat dans ce contexte?
 
Premièrement, il ne faut pas écrire de niaiseries en ligne! Par exemple, une recruteuse me disait avoir lu des propos sexistes d’un cadre sur Twitter. Elle ne l’aurait jamais embauché! Deuxièmement, il faut se googler régulièrement. Ce n’est pas un trip d’ego, c’est une question d’image. Regardez quelles photos sortent quand vous tapez votre nom dans un moteur de recherche. J’ai découvert l’existence d’un outil qui peut vous aider à faire de vos pages professionnelles les premiers résultats quand votre nom est googlé. Ça s’appelle BrandYourselfÇa fonctionne avec un système de points, un peu comme un jeu: vous entrez les pages que vous souhaitez voir sortir en premier. Par exemple, votre page LinkedIn et votre page Twitter. BrandYourself vous donne ensuite des missions à réaliser pour maximiser votre référencement. Par exemple, ajouter une photo à votre profil ou mettre votre biographie à jour sur Twitter.
 
 
Une nouvelle tendance se dessine en recrutement, c’est l’usage du «big data». Qu’est-ce que c’est?
 
C’est vraiment une tendance en émergence en ressources humaines. Le «big data» (ou datamasse en français), c’est le nom qu’on donne à la masse de données qui peuvent être accumulées. Aujourd’hui, presque tout laisse une trace numérique et, avec ces traces, on peut détecter des phénomènes. Par exemple, quand vous magasinez une assurance automobile, la compagnie établit, à partir d’une masse de données, quelles sont vos chances d’avoir un accident. Cela va déterminer votre prime d’assurance. 
 
On peut faire le même genre d’analyse prédictive en ressources humaines en utilisant le «big data». Pour l’instant, on en est aux balbutiements, mais ça s’en vient… À partir de votre profil (quel navigateur avez-vous utilisé pour envoyer votre candidature, quelles sont vos expériences, etc.), on pourra calculer vos chances de bien vous intégrer et de bien vous plaire dans l’entreprise. J’ai parlé à l’un des patrons d’une entreprise de «big data» en ressources humaines aux États-Unis qui s’appelle Evolv. Cette entreprise travaille beaucoup avec les centres d’appel, où le roulement est très fort. Ils ont réalisé que les anciens prisonniers étaient d’excellents agents de service à la clientèle. Ça force les recruteurs de ces entreprises à regarder les CV des anciens prisonniers d’un œil nouveau… On est encore loin de ça au Québec, mais ça pourrait venir. Le «big data» ne tuera donc pas nécessairement le CV. Mais par contre, cela lui donnera un autre poids. 
 
 
Donc, on ne jette pas son CV à la corbeille?
 
Non, mais on doit certainement s’arranger pour être facilement trouvable sur le Web. Qui dirait NON à un emploi plus intéressant et plus près de chez lui? On ne sait jamais ce qui peut nous être offert!
 
 
Chroniqueuse: Mélissa Guillemette
 
 
 

article présent dans le dossier

LIBRE-SERVICE: BOULOT
Démystifier les défis de la vie au travail que l’on soit employeur, employé ou chômeur.  
Lire le dossier

Vos commentaires

Soyez les premiers informés sur MATV

Pour tout savoir avant tout le monde et profiter de nos exclusivités