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Comment (bien) négocier son salaire

On travaille pour se réaliser, pour se sentir utile, pour pratiquer notre passion… Mais à la base, on travaille pour gagner sa vie!

Pour beaucoup de personnes, négocier son salaire est un vrai cauchemar. Pourtant, c’est très important. Un employé qui ne se sent pas payé à sa juste valeur est souvent moins motivé. L’employeur aussi a donc intérêt à ce que vous ayez un salaire satisfaisant.

Il faut à la fois bien négocier son salaire lors de l’embauche, et ensuite, si on sent que nos responsabilités ont changé ou qu’on a beaucoup apporté à l’entreprise au cours de la dernière année, on a intérêt à demander une révision de notre salaire.

Il ne suffit pas de travailler très fort pour obtenir une augmentation de salaire. Il faut la demander. Sinon, on peut attendre longtemps…

Évidemment, tout ça ne s’applique pas dans les milieux syndiqués, où la négociation se fait de façon collective.

 

Quelles sont les règles de base en négociation?

Premièrement, qu’on négocie un salaire d’embauche ou une augmentation de salaire, on doit se préparer pour déterminer notre objectif: quel salaire on veut obtenir. Pour y arriver, on doit déterminer notre valeur sur le marché du travail. On peut consulter le site de Jobboom, par exemple, pour comparer les salaires de postes similaires ou encore, consulter le site d'Emploi Québec, où l’on peut trouver des données sur les salaires par type d’emploi. Plus votre profil est en demande, plus vous serez en mesure de négocier.

Il faut être réaliste, bien sûr, mais ne demandez pas qu’un salaire qui vous satisferait: demandez un salaire qui vous comblerait. On a le droit de viser haut... tout en demeurant raisonnable.

On doit aussi avoir des arguments en réserve pour justifier notre demande. Identifiez vos réalisations marquantes ou vos compétences. On peut les noter pour les présenter à l’employeur. On se fait un plan d’attaque, quoi!


Dans le cas d’une négociation à l’embauche, doit-on attaquer la question de front,  justement?

Habituellement, la question salariale vient lorsqu’on obtient l’emploi. L’idéal, c’est de laisser l’employeur se commettre avant nous. Souvenez-vous que cette offre est un point de départ pour la négociation. C’est là que le jeu de la négociation commence. En général, l’employeur a une marge de manœuvre de 5 à 15%.

C’est votre tour de présenter vos attentes et de sortir vos arguments. Tout est dans l’attitude. Il faut être confiant, relaxe, jamais arrogant. Les menaces vont vous nuire.

Si l’employeur dit ne pas pouvoir vous offrir ce salaire, n’abandonnez pas. Demandez-lui jusqu’où il peut aller. L’entente se trouve quelque part entre vos deux propositions. Par ailleurs, on peut demander un temps de réflexion de quelques jours avant de répondre à l’offre finale.

Avant l’entrevue, il faudra aussi avoir déterminé votre plancher, c’est-à-dire le salaire minimum qu’on est prêt à accepter. Si ce plancher n’est pas atteint, il vaut peut-être mieux refuser l’emploi, selon notre situation.

 

Et quand on parle d’augmentation de salaire, quelle est la marche à suivre?

Tout d’abord, tenez compte de la situation financière de l’entreprise. Si ça va mal, ce n’est pas le moment!

Pour bien se préparer, cela vaut la peine de faire quelques calculs pour vérifier que l’augmentation qu’on va demander (ou celle qui nous sera offerte) fera une différence, et que l’impôt ne viendra pas annuler ce gain. Toutefois, ces calculs varient en fonction de notre salaire actuel et de notre situation fiscale générale, c’est pourquoi il est difficile de faire une recommandation précise quant au pourcentage à demander. Retenons qu’il est important de prendre le temps de valider cet aspect.

Ensuite, on prend rendez-vous avec notre patron pour lui présenter notre demande. Présentez le bilan de vos réalisations avant d’aborder la question salariale. Il devra probablement évaluer la situation avant de vous donner une réponse, alors demandez-lui tout de suite quand repasser par son bureau. Sinon, vous serez peut-être gêné de revenir sur le sujet dans les jours qui suivent.

 

Si c’est un nouvel emploi, après combien de temps peut-on renégocier son salaire?

Il n’y a pas de règle unique, évidemment. Il faut simplement avoir fait ses preuves et pouvoir en faire la démonstration claire. Et à moins que nos responsabilités aient beaucoup augmenté ou soient bien différentes de l’entente de départ (dans ce dernier cas, on parlerait plutôt de révision salariale), avoir bien fait son travail ne suffira pas. Il faut se démarquer, par exemple, par notre niveau d’engagement, par une disponibilité exceptionnelle, une performance qui dépasse les attentes et qui est mesurable, etc.

Dans certains cas particuliers où il y a eu une entente préalable à ce sujet lors de l’embauche, on pourrait renégocier son salaire après la période de probation, souvent d’une durée de trois à six mois. Mais généralement, on attend au moins un an.


Que faire si on refuse de nous accorder une augmentation de salaire?

Ne le prenez surtout pas personnel. Demandez plutôt quand vous pourrez en reparler. Dans trois mois, dans six mois? Prévoyez déjà le prochain rendez-vous. Ou encore, demandez comment faire pour passer à la prochaine étape salariale, ce qu’on attend de vous. Ce sera plus facile ensuite d’y arriver.

Par ailleurs, c’est tout à fait normal de se faire dire non de temps en temps. Si on ne vous a jamais dit non, c’est peut-être que vous ne demandez pas assez souvent!

 

Et il arrive aussi qu’on se sous-estime… un syndrome qui, d’ailleurs, touche plus les femmes?

Exact. D’ailleurs, ça, c’est un problème particulièrement féminin. Plusieurs recherches ont démontré que les femmes ont moins tendance à négocier sur le plan salarial que les hommes. Linda Babcock, une chercheuse américaine et auteure de Women Don’t Ask, a mené une étude auprès de jeunes diplômés. Elle a réalisé que 12% des femmes avaient négocié leur salaire, contre 52% des hommes.

Elle calcule qu’une femme qui ne négocie pas le salaire de son premier emploi fera un demi-million de moins au cours de sa carrière. C'est que les augmentations sont souvent calculées en pourcentage sur notre salaire, donc, si on négocie mal au départ, on y perd à chaque augmentation, ce qui provoque aussi un effet boule de neige.

 

Salaire horaire moyen au Québec en 2011

Femmes: 20,11$
Hommes: 22,81$

(Source: Institut de la statistique du Québec)

 

Au Québec, le salaire horaire moyen des femmes représente 88% de celui des hommes, selon les données de 2011. Il y a plusieurs raisons qui expliquent cela, mais peut-être qu’une partie de l’explication vient de cette timidité devant la négociation.


L’hypothèse veut que les femmes accordent plus d’importance à l’aspect social. Elles veulent garder de bonnes relations avec  leurs patrons, alors elles n’osent pas demander.

Il faut voir la négociation comme une conversation, tout simplement. Si la demande est raisonnable, il n’y a pas de raison qu’elle soit mal reçue.


En résumé, la règle d’or sur le plan salarial est-elle «Demandez et vous recevrez»?

Vous ne recevrez pas nécessairement à tous les coups, mais oui… si on a de bonnes raisons de négocier un salaire à la hausse, il faut le demander, qu’on soit une femme ou un homme. Et il faut tenir son bout parfois.

Il faut aussi se rappeler qu’il n’y a pas que le salaire qui se négocie. On peut aussi négocier pour obtenir plus de vacances ou plus de flexibilité dans l’horaire, de la formation; on peut demander à l’employeur de payer notre cotisation à un ordre professionnel, le matériel de travail… Ça aussi, ça compte, même si on ne le voit pas sur notre chèque de paye.


Pour information:

Jobboom

Emploi Québec

 

Chroniqueuse: Patricia Richard, directrice des contenus chez Jobboom

 

Jobboom

 

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